Publié par : La blonde du sport | mars 25, 2010

Pour la béatification des profs

Est-ce la béatification prochaine du Frère André? L’approche de Pâques et son aura mystique? Ou peut-être, plus prosaïquement, une énième conversation entre nos ados, M. et F., sur les sévices psychologiques qu’ils font endurer à leurs enseignants? Toujours est-il que nous partons dans une nouvelle croisade: la béatification des professeurs.

Leur droit à la sainteté s’applique même à ceusses qui enseignent aux petits de maternelle. Ok, ils se font pas alors traiter de «grosse truie» ou de «vieux cons», mais ils -ou plutôt elles- se tapent les nez qui coulent, les enfants qui s’ennuient de leur mère, les chicanes entre ti-namis et ce, après un baccalauréat de quatre ans.

En 1ère année, ces pauvres profs, avec des méthodes saugrenues de type mots-étiquettes imaginées par des fonctionnaires névrosés, doivent enseigner à lire et à compter. Mais bon, peu d’insultes et «d’attitudes» à cet âge.  Ça commence en 2ème année, au plus tard en 3ème, avec des commentaires désobligeants, du genre: «t’es pas ma maère», ou bedon, «mon paère est avocat, t’sé.»

Et ça, c’est quand ils ne sortent pas, venu de nulle part, un commentaire du genre «la vérité sort de la bouche des nenfants».

-Une de mes amies de 46 ANS qui remplaçaient dans une classe genre 3e année, s’est fait dire: « madame, vous avez plein de rides! » À sa place, je l’aurais butée, la petite épaisse…

Il paraît que la 4e est une année de repit, et ça reprend de plus belle en 5ème, les ti-namis se pensent ben bons, ben grands, font des jokes de cul et nargent leur professeur.

Mais le comble de la sainteté, ce sont indéniablement les ceusses et ceussesses qui doivent affronter TOUS les jours les jeunes du secondaire.

Les horreurs que nous entendons de la part de nos adorables ados…

-Diane: moi ça me fait défriser, c’est pas peu dire…

-Martine: Ma fille m’a avoué: dès qu’un prof admet candidement qu’il n’a pas d’expérience, que c’est sa première année d’enseignement, c’est le massacre assuré. Des monstres! Pour les autres, tout y passe: leur tenue vestimentaire  est analysée à la fibre près, leur apparence jugée sous le prisme des canons genre le loup-garou Taylor Swift, leurs tics de langage, ridiculisés, et quand ils sont plâââttes, c’est le comble. Comme s’ils devaient tous être des entertainers pour survivre! Réponses de nos ados:

M.: C’est leur job de nous animer!

F: Y’ont juste à être intéressants…

Comme si un cours de maths, faut que ça soit comme Avatar!!! Nous croyons qu’il s’agit d’un effet pervers de la garderie. Ils y étaient animés du matin au soir, alors que nous, au même âge, avant l’entrée en maternelle, on séchait à la maison à s’amuser seule dans des garde-robes. Fait qu’on trouvait Soeur Janine très, très distrayante…

Et quand ce ne sont pas les enfants et les ados qui sont monstres, ce sont leurs parents. Combien de pauvres profs se font envoyer promener (« Hein? Mon gars parle en classe? C’est p’tête parce que t’es plate, épaisse? » Ou encore: « Ludovic-Antoine est un génie, pourquoi n’a-t-il que B dans sa compétence artistique? Peut-être ne le motivez-vous pas suffisamment?» Etc.

Au Japon, ça va si loin, que le terme parents-monstres fait partie du vocabulaire courant. Il y a quelques années, un pauvre assistante maternelle s’est immolée par le feu dans sa classe après avoir subi quatre mois de plaintes d’un parent qui lui reprochait quelques égratignures sur son fils! Et une mère a brisé une vitre pour protester contre le fait d’avoir été convoqué à l’école pour son «ange». Elle a exigé d’être dédommagée pour le temps qu’elle a perdu…

Non, vraiment, les profs sont des Saints, il est temps que Rome le reconnaisse.

En attendant, il faudrait trouver aussi des façons de les protéger:

L’État leur fournit un implant auriculaire qui flitrerait les insultes des mots gentils. Ainsi, «Madame, pourriez-vous m’aider s’il vous plaît», passerait à travers l’appareil, mais pas «Non grosse vache j’ai pas fait mon h… de devoirs, ça me tentait pas cr…»

Pour éviter de se faire ridiculiser sur leur habillement, l’école fournit aux professeurs le même uniforme que celui des élèves.

Pour les chauves, gros, laids, boutonneux, vieux, etc, on utiliserait un outil de «réalité améliorée» qui les transformerait en une projection holographique agréable à l’oeil.

Enfin, pour  guérir les nados de leur obsession de l’entertainment, nous obligerons tous les nouveaux élèves du secondaire à regarder en boucle, seuls dans des cubicules, sans contacts avec leurs semblables, pendant 48 heures, la filmographie entière du cinéaste allemand Rainer Werner Maria Fassbinder, en version originale, sans sous-titres. Après cela, nos chérubins trouveront TOUS les professeurs du secondaire incroyablement divertissants.

Et vous, que suggérez-vous pour protéger les pauvres profs de nos enfants?

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Responses

  1. Bonjour D et M…

    Je trouve que c’est votre meilleur chronique…WOW!

    mjb

  2. J’aime bien j’aime bien, mais c’est nos professeurs qui décident notre avenir alors je souhaite qu’ils soit intéressant pour que je puisse écouter en classe et réussir ma vie. Par ailleurs certains professeurs ne sont juste pas fait pour être prof. Selon la charte des droits de l’élève à mon college, l’article 22 mentionne: Tout élève a droit à une éducation de qualité. Il pourrait au moins essayer de le respecter. 😀

    PS.: En passant le nom du loup-garou c’est pas taylor swift, mais Taylor Lautner.


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